L’eau

L’eau m’effraie mais elle m’habite.
Elle dessine mon horizon depuis toujours.
J’ai besoin d’entendre sa musique.
Les vagues de l’océan ont rythmé
le temps de ma jeunesse,
gaves, torrents et cascades
harmonisent mon présent.


L’eau est naturellement liée au minéral :
galets, roches, falaises, sable…
Caressante ou violente,
une joute incessante et éternelle unit ces deux éléments.


L’eau a la couleur du ciel, la couleur des fonds.
Sa couleur varie selon sa profondeur.
Elle a la couleur des saisons.
Elle a la couleur de son humeur.
Elle a la couleur des reflets, la couleur de la lumière.
Elle est transparente, trouble, boueuse.
Elle est miroir, elle déforme.
Elle gronde, bouillonne, écume.
Elle ondule, fait des vagues, clapote.
Elle est calme, plate ; elle est silence.
Elle roule, charrie, creuse.
Elle déferle, coule paisiblement, stagne.
Elle ruisselle, dégouline, s’infiltre, se faufile.
Elle tombe du ciel ou des montagnes.
Elle sort de terre, s’engouffre ou circule sous terre.


L’eau disparait, elle manque ;
on l’attend, on la pleure, on la cherche.
Elle sort de ses frontières ;
elle chamboule, elle dévore.
Son absence éteint les couleurs, sa présence les ravive.


L’eau révèle et nourrit inlassablement mes paysages intérieurs





S. Lassègue